La parenthèse utopique de Louis Renaud (1744-1806)

La parenthèse utopique
de Louis Renaud (1744-1806)

 
 

Découvert fortuitement au cours d’une recherche bibliographique, le Recueil de chants pour le service divin en français (1807)1Louis Renaud, Recueil de chants pour le service divin en français, composés et recueillis par M. Renaud, ancien instituteur aux écoles chrétiennes du faubourg Saint Antoine, Paris, De l’imprimerie de J.-M. Eberhart, 1807. remonte à une période, celle des confins des XVIIIe et XIXe siècles, riche en expérimentations tant liturgiques que pédagogiques2Marguerite Figeac-Monthus, Les enfants de l’Émile ? L’effervescence éducative de la France au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, Berne, Lang, 2015.. En somme, un temps où les fonctions traditionnelles des maîtres d’école au sein des communautés paroissiales pouvaient les conduire à s’associer aux plus incertaines initiatives. Telle fut la destinée de l’auteur de ce volume, un certain Louis Renaud (1744-1806).

Du régent à l’instituteur engagé

Renaud appartient à une génération de maîtres d’école ayant traversé une période cruciale pour leur profession. Né en 1757 à Tharoiseau, au diocèse d’Auxerre, il fut remarqué par le curé de cette paroisse qui chercha à lui procurer une instruction poussée en dépit de son origine modeste. Refusé par le collège d’Avallon, Louis Renaud intégra la communauté des maîtres des “écoles Saint-Charles”, établissements de charité ouverts à Auxerre durant l’épiscopat de Mgr de Caylus3Renaud, Recueil…, op. cit., p. 3-4.. Le seul élément connu de la suite de son parcours est fourni par la page de titre du Recueil : Renaud y est présenté comme “ancien instituteur aux écoles chrétiennes du faubourg Saint-Antoine”, à savoir les écoles Tabourin4Sur ces écoles, cf. Augustin Gazier, “Les écoles de charité du faubourg Saint-Antoine (1713-1887)“, Revue internationale de l’enseignement, n° 51 (1906), p. 217-237 et 314-326.. Fermées en 1794 sur ordre de la Convention, ces écoles avaient été rétablies en 18025Marcel Fosseyeux, Les écoles de charité à Paris sous l’Ancien Régime et dans la première partie du XIXe siècle, Paris, s. n., 1912, p. 100. sans qu’il soit possible de préciser le rôle de Renaud à ce moment-là, mis à part sa mission d’historiographe de la communauté attachée à cette fondation éducative6Louis Renaud, Mémoire historique sur la ci-devant communauté des écoles chrétiennes du faubourg Saint-Antoine, Paris, chez l’auteur, 1804.. Préalablement à son installation à Paris, il est vraisemblable que Louis Renaud ait assuré la mission de régent de paroisse dans son diocèse d’origine avec, à la clef, la charge de principal chantre au lutrin.

Cette trajectoire, même très incomplètement connue, situe Renaud dans le milieu du jansénisme éducatif du XVIIIe siècle, c’est-à-dire celui des lointains héritiers des Petites écoles de Port-Royal. Formé dans un diocèse dont l’évêque avait été un irréductible appelant7Pascal Geneste, Monseigneur de Caylus, 1669-1754, évêque d’Auxerre, le “défenseur de la Vérité”, thèse de l’École des Chartes, 1997., Renaud rejoignit à Paris une institution qui prenait part aux réseaux tardifs de l’opposition à la bulle Unigenitus. Comme d’autres clercs de ce courant, Louis Renaud devait estimer nécessaire de faire évoluer les cérémonies ecclésiastiques dans le sens d’une meilleure articulation entre action célébrante et présence des fidèles. D’où son probable intérêt pour le principe d’une célébration de l’office en langue vernaculaire, intérêt qui ne put qu’être amplifié par sa rencontre avec l’abbé Pierre Brugière (1730-1803).

L’avertissement sur lequel s’ouvre le Recueil rappelle qu’une partie des chants rassemblés par Renaud fut en usage dans l’église des Filles-Saintes-Marie, au faubourg Saint-Antoine (figure 1), “pendant que M. Brugières y remplissoit les fonctions de Curé de Saint-Paul”. Sous le régime de Constitution civile du clergé, ce prêtre fut élu curé de la paroisse parisienne de Saint-Paul après avoir été chanoine de la collégiale de Thiers, sa ville natale, puis simple prêtre habitué à Saint-Roch, Saint-Paul et Saint-Louis-en-l’Ile. Connu pour ses positions appelantes8Brugière fit paraître, par exemple, une Instruction catholique sur la dévotion au Sacré Cœur (1777) nettement défavorable à ce qui demeurait une pomme de discorde pour le clergé français., Brugière s’engagea avec enthousiasme dans les rangs de l’Église constitutionnelle, en refusant par la suite d’abdiquer sa condition sacerdotale. Mis sous surveillance durant la Terreur, il attendit la libéralisation des cultes pour remettre la paroisse sur pied. L’église de Saint-Paul restant inaccessible, il loua lui-même une première chapelle, dit la messe dans des lieux privés, avant d’investir l’ancienne chapelle des Visitandines9Sur cette figure, cf. Paul Pisani, “Un janséniste. Pierre Brugière, curé constitutionnel à Paris (1730-1803), Revue d’histoire de l’Église de France, IV, no 19 (1913), p. 28-46. où Louis Renaud devint un de ses proches.

Fig. 1 – Israël Silvestre, Vue de l’église des filles Sainte-Marie, rue Saint-Antoine
(gravure, vers 1650-1660)

 

Adepte d’un jansénisme radical ambitionnant de renouer avec les temps apostoliques, l’abbé Brugière déployait une pastorale rigoriste et organisait les exercices du culte sur un mode dépouillé. En outre, il promouvait la récitation à voix haute du Canon10Mémoire apologétique de Pierre Brugière, curé de Saint-Paul, suivie de notes et pièces justificatives…, Paris, s. n., an XII (1804), p. 54. et l’administration des sacrements en français, sans opter néanmoins pour cette langue pour la messe ni pour les vêpres. Au final, seuls des psaumes en dehors de l’office étaient chantés en français dans son église11Pisani, art. cit., p. 45. La justification de cet usage par Brugière figure dans son Mémoire apologétique…, op. cit., p. 63-72., et ce même si Brugière avait publiquement théorisé la possibilité de célébrer l’office divin en langue vernaculaire12Pierre Brugière, Appel au peuple chrétien…, Paris, Chez Brajeux, 1800..

Alors que le recours au français pour les offices liturgiques divisait les membres de l’Église gallicane13Rodney Dean, L’abbé Grégoire et l’Église constitutionnelle après la Terreur 1794-1797, Paris, Picard, 2008., le compromis établi par Brugière fut mis en œuvre non sans quelques réserves émanant des fidèles :

Vers le commencement de l’an IX, ayant loué l’église Sainte-Marie, où il officia pour la première fois le jour de la Toussaints, nombre de ses paroissiens,  qui avaient assisté à quelques-unes des administrations des sacremens qu’il faisait en français, et qui avaient lu son Appel au Peuple Chrétien, ainsi que la Dissertation dont nous venons de parler, le prièrent de faire chanter, à la suite des complies, des pseaumes, des hymnes, et quelques autres choses semblables, en français, ce qu’il leur promit avec plaisir. Mais d’autres, qui lui étaient fort attachés, craignant que cet exercice de piété dont ils reconnaissaient d’ailleurs toute l’utilité, ne devînt pour ses ennemis un prétexte de le calomnier, vinrent avant les vêpres, lui témoigner leurs inquiétudes à ce sujet.
[…] on chanta en effet, après complies, ce qu’on avait préparé pour ce jour-là : savoir les pseaumes
Ecce quam bonum et Cantate, les hymnes Hymnis dum resonat et Adoro te, enfin le Te Deum, le De profundis et le Laudate. Le tout fut exécuté à la grande satisfaction de tous les paroissiens, dont la plûpart en furent attendris jusqu’aux larmes14Mémoire apologétique…, op. cit., p. ix et x..

Au départ spécifique à l’église où exerçait Brugière, cette sorte de “salut français15Ibid., p. xj.” fut apprécié par plusieurs ecclésiastiques constitutionnels. Et c’est dans l’ombre de ce prêtre entreprenant que Louis Renaud contribua, au travers de son Recueil, à ce vigoureux débat ayant agité les dernières années de l’Église gallicane.

Faire mémoire et inciter

Le Recueil de chants pour le service divin en français a – selon son éditeur anonyme – été réalisé sur la base d’un manuscrit laissé par Louis Renaud, sans doute celui actuellement conservé par la Bibliothèque Nationale16Louis Renaud, Recueil de chants pour le service divin en français et dont on a fait en grande partie usage aux Saluts en l’Eglise de Sainte Marie…, Bibliothèque Nationale de France, Département de la musique, Vm1 527.. Or, contrairement à un précédent essai de Renaud17Louis Renaud, Règles de psalmodie française avec trente-sept chants ou airs, sur chacun desquels on peut chanter tous les pseaumes suivant la traduction du Bréviaire de Paris, aussi agréablement qu’on chante les cantiques, Paris, Belin, an VIII [1799]., ce livre ne pouvait avoir de destination pratique. L’abbé Brugière n’ayant pas été maintenu dans ses fonctions après la signature du Concordat18Pisani, art. cit., p. 39. Sur le contexte général de cette période, cf. Bernard Plongeron, Des résistances religieuses à Napoléon, 1799-1813, Paris, Letouzey & Ané, 2006, ainsi que Rodney Dean, L’Église constitutionnelle, Napoléon et le Concordat de 1801, Paris, Picard, 2004., la chapelle qu’il occupait fut dévolue au Consistoire protestant de Paris en décembre 1802, le culte y étant célébré à partir de mai 180319Cette ancienne chapelle des Visitandines est, encore de nos jours, le temple du quartier du Marais.. Quelques mois avant son décès en novembre 1803, l’abbé Brugière se trouvait dans un impasse, ce qui devait être aussi le cas pour Louis Renaud. C’est donc à titre commémoratif que le Recueil fut édité, tout comme le furent un Mémoire apologétique (1804) et les Instructions choisies de Brugière (1805), publications redevables de l’initiative de Louis Renaud20Pierre Brugière, Instructions choisies de M. Brugière, curé de Saint-Paul, Paris, s. n., an XIII (1805), 2 vol. La responsabilité de Renaud dans cette édition est évoquée dans le Recueil…, op. cit., p. 11. Quant à sa participation à l’écriture du Mémoire apologétique, elle est attestée par l’auteur anonyme d’une notice sur Brugière parue dans L’Ami de la Religion et du Roi, LVIII (1828), p. 26.. Également copié en 1805, le manuscrit de Louis Renaud obéissait déjà à cette vocation puisque, selon une note apparaissant dans les Instructions, il apparaît que

Les amis de M. Brugière [ont] engagé l’Auteur du recueil [de chants] […] à en mouler, à la plume, une copie, qui forme un grand in-4o de 202 pages, qu’ils ont fait relier très-proprement, et qui a été déposée, le 12 messidor an XIII (premier juillet 1805), à la Bibliothèque Impériale, sous ce titre : “Recueil de chants pour le service divin en français […]”21Brugière, Instructions choisies…, op. cit., vol. 2, p. 347-348. Le format et la pagination indiqués dans cette note correspondant exactement aux caractéristiques du manuscrit conservé au Département de la musique de la Bibliothèque nationale de France..

La constitution d’une mémoire écrite du chant inspiré par l’abbé Brugière fut débutée sous sa conduite, une fois sa chapelle passée au culte réformé :

[Brugière] a travaillé sur ce sujet jusqu’au moment où il s’est mis au lit, et s’en est sans cesse occupé dans sa maladie. Vers le commencement de juillet [1803], il pria l’ami qui lui avait fourni tous les moyens d’exécution pour le chant [Louis Renaud], de continuer de s’occuper de la langue vulgaire, et de lui faire part de ses réflexions sur ce sujet, qu’il voulait traiter avec étendue ; et surtout de recueillir et de mettre dans un ordre suivi tout ce qui s’était chanté en français, à Ste-Marie, et de le completter, en y ajoutant ce que le temps et les circonstances n’avoient pas permis d’y chanter. J’en ferai, dit-il, imprimer à la main, une copie bien proprement. Si elle ne sert pas à no[u]s, elle servira à d’autres : si la prévention ne permet pas d’en faire usage à Paris, du moins j’ai la confiance bien fondée, qu’on en fera usage ailleurs22Mémoire apologétique…, op. cit., p. xij-xiij..

C’est donc sous le regard du prêtre que Louis Renaud progressa non seulement dans la mise au propre des chants déjà en usage mais aussi dans l’achèvement d’un cycle complet répondant aux espoirs, désormais vains, de Brugière.

Une œuvre ambitieuse

D’emblée, le Recueil surprend par l’ampleur de son plan. Si l’abbé Brugière s’était limité au chant de psaumes en français en dehors de l’office, Renaud consigne dans son ouvrage un répertoire suffisamment développé pour chanter la messe et les principales parties de l’office en langue vernaculaire, conformément au projet d’établir une somme à la fois rétrospective et incitative. Dans ses grandes lignes, un tel plan s’inscrit dans le sillage des directoires de chant qui, comme celui des oratoriens republié au XVIIIe siècle23Directorium chori sive brevis psalmodiae ratio, Paris, Typiis Claudii Herissant, 1753., rassemblaient en un volume portatif le minimum nécessaire pour des chantres assurant le chant de l’office.

Aux dimensions audacieuses de l’ouvrage s’ajoute la variété du système psalmodique inventé par Renaud. Son Recueil repose en effet sur les trente-sept tons déjà présents dans ses Règles de psalmodie française de 179924Renaud, Règles de psalmodie française, op. cit., chacun de ces tons pouvant donner lieu à plusieurs terminaisons différentes ! Cette abondance n’était pas sans précédent : au cours du XVIIe siècle, plusieurs tons psalmodiques furent composés pour des communautés religieuses tant féminines (visitandines, ursulines…) que masculines (oratoriens)25Pour un aperçu sur ce vaste domaine, cf. Cécile Davy-Rigaux, “L’Oratoire, Port-Royal et la réforme du chant des offices“, Chroniques de Port-Royal, n 50 (2001), p.413-432.. Au regard de ces propositions antérieures, celle de Renaud reste relativement conservatrice du point de vue des mélodies, étant donné qu’il s’en tient à une dominante unique pour un même ton, mais s’avère très iconoclaste quant à sa prosodie. Ayant opté en faveur d’une version française versifiée, Renaud use de la notation du plain-chant (à deux valeurs pour la psalmodie) afin de suggérer une élocution fréquemment conforme à l’orientation oxytonique de cette langue, sans pour autant feindre un débit “naturel”. Ainsi, dans l’exemple ci-dessous (figure 2), les finales accentuées sur cesser ou léger sont retranscrites alors que l’appui sur le négation ne ou sur l’article vos confère à cette prosodie une certaine articificialité.

Fig. 2 – Louis Renaud, Recueil de chants pour le service divin en français (p. 9)

Si les tons psalmodiques de Renaud mêlent modèles anciens et créations, le reste du Recueil accorde une large place à la technique du contrafactum, autrement dit à l’adaptation de paroles françaises à des mélodies de plain-chant préexistantes.

En raison de leur distribution mélodique syllabique, les hymnes se prêtaient le plus facilement à une telle opération, à l’instar de l’Adoro te, texte chanté en l’honneur du Saint-Sacrement et devenu, sous la plume de Louis Renaud, Prosterné devant vous… (figure 3). L’adaptation de l’hymne latine ne se borne pas à l’adjonction d’un texte nouveau puisque Renaud soumet la mélodie à une rythmique trochaïque assez régulière, et non pas prioritairement aux accents des paroles. Contemporain de la décennie révolutionnaire, Renaud n’était peut-être pas insensible à l’esthétique du cantique qui avait gagné les églises au temps des cultes civiques.

Fig. 3 – Louis Renaud, Recueil de chants… (p. 39)

 

Plus étonnants sont les contrafacta à partir de mélodies fortement vocalisées. Le cas du Benedicamus Domino (figure 4) illustre ce choix possiblement motivé par la volonté de fonder le chant du service divin en français sur la mémoire des fidèles, tout en maintenant pour chaque type de pièce la prolixité caractéristique de son genre (grandes antiennes plus vocalisées que les antiennes normales, Benedicamus Domino au chant très étiré, etc.).

Fig. 4 – Louis Renaud, Recueil de chants… (p. 23)

Fig. 5 – Antiphonaire et Graduel de Paris, Paris, Chez Cl. Simon, 1788 (partie d’été, p. 550)

Si cet exemple ne s’éloigne presque pas de son origine (figure 5), Renaud prend plus d’initiatives pour d’autres pièces, et notamment celles d’un usage aussi répandu que la messe du 1er ton de Dumont (figure 6). La paraphrase de la triple invocation du Kyrie (“Seigneur, notre Créateur…”, “Seigneur notre Jésus…”, “Seigneur, notre Sanctificateur…”) par Renaud se combine avec plus ou moins d’évidence avec la célèbre mélodie. Celle-ci est intégralement utilisée, dans une version rendue très “parisienne” par la transcription d’une périélèse ornementale sur le premier mot.

Fig. 6 – Louis Renaud, Recueil de chants… (p. 152)

Pour le reste, l’emploi des notes carrées et losangées reste conforme au principe de différenciation prosodique en vigueur dans les livres de plain-chant : conservez-vous s’énonce [‒ ‒ ⏑ ‒], ce qui justifie l’insertion d’une note losangée pour la troisième syllabe. Plus intrigantes sont les notes losangées de petite taille glissées entre les notes en caractères normaux. Une comparaison avec le manuscrit de Renaud (figure 7) révèle leur nature ornementale : elles sont souvent associées à des tremblements (non repris dans la version imprimée26L’absence des signes de tremblements dans le Recueil imprimé pourrait avoir été causé par des difficultés strictement typographiques. Au moment d’éditer le Recueil, Eberhart ne disposait d’aucune expérience en impression liturgique ou musicale.) et, à ce titre, servent de ports-de-voix préparatoires ou de notes de passage dans un coulé de tierce. D’autres de ces notes ornementales nourrissent le chant et dévoilent l’agilité et l’élégance vocale des chantres qui, comme Renaud, n’appartenaient pas au monde des musiciens professionnels.

Fig. 7 – Louis Renaud, Recueil de chants… (manuscrit, p. 152)

 

L’expérience dont Louis Renaud fut l’un des protagonistes montre que, d’une part, des maîtres d’école étaient en mesure de réfléchir au rôle du chant dont ils étaient les garants, ainsi qu’à ses mutations possibles dans une perspective ecclésiale fermement définie. De l’autre, leur habileté dans la confection des livres de chant manuscrits ne les arrimait pas à une simple fonction de copiste. Renaud sut utiliser ses talents pour tenter de maintenir et de diffuser les restes de cette parenthèse du service divin en français aux lendemains de la Révolution, parenthèse qui attendit le milieu du XXe siècle pour être rouverte27Les tentatives de Renaud sont logiquement invoquées dans les textes théoriques et historiques ayant précédé la généralisation de l’usage du français dans la liturgie. Cf. M.-D. Forestier, “Une expérience liturgique sous la Révolution”, La Maison-Dieu, no 1 (1945), p. 74-93. avant que ne se produise un bouleversement majeur dans l’histoire de la liturgie romaine.

(Xavier Bisaro, janvier 2017)

Autour de ce sujet

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    Notes   [ + ]

    1. Louis Renaud, Recueil de chants pour le service divin en français, composés et recueillis par M. Renaud, ancien instituteur aux écoles chrétiennes du faubourg Saint Antoine, Paris, De l’imprimerie de J.-M. Eberhart, 1807.
    2. Marguerite Figeac-Monthus, Les enfants de l’Émile ? L’effervescence éducative de la France au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, Berne, Lang, 2015.
    3. Renaud, Recueil…, op. cit., p. 3-4.
    4. Sur ces écoles, cf. Augustin Gazier, “Les écoles de charité du faubourg Saint-Antoine (1713-1887)“, Revue internationale de l’enseignement, n° 51 (1906), p. 217-237 et 314-326.
    5. Marcel Fosseyeux, Les écoles de charité à Paris sous l’Ancien Régime et dans la première partie du XIXe siècle, Paris, s. n., 1912, p. 100.
    6. Louis Renaud, Mémoire historique sur la ci-devant communauté des écoles chrétiennes du faubourg Saint-Antoine, Paris, chez l’auteur, 1804.
    7. Pascal Geneste, Monseigneur de Caylus, 1669-1754, évêque d’Auxerre, le “défenseur de la Vérité”, thèse de l’École des Chartes, 1997.
    8. Brugière fit paraître, par exemple, une Instruction catholique sur la dévotion au Sacré Cœur (1777) nettement défavorable à ce qui demeurait une pomme de discorde pour le clergé français.
    9. Sur cette figure, cf. Paul Pisani, “Un janséniste. Pierre Brugière, curé constitutionnel à Paris (1730-1803), Revue d’histoire de l’Église de France, IV, no 19 (1913), p. 28-46.
    10. Mémoire apologétique de Pierre Brugière, curé de Saint-Paul, suivie de notes et pièces justificatives…, Paris, s. n., an XII (1804), p. 54.
    11. Pisani, art. cit., p. 45. La justification de cet usage par Brugière figure dans son Mémoire apologétique…, op. cit., p. 63-72.
    12. Pierre Brugière, Appel au peuple chrétien…, Paris, Chez Brajeux, 1800.
    13. Rodney Dean, L’abbé Grégoire et l’Église constitutionnelle après la Terreur 1794-1797, Paris, Picard, 2008.
    14. Mémoire apologétique…, op. cit., p. ix et x.
    15. Ibid., p. xj.
    16. Louis Renaud, Recueil de chants pour le service divin en français et dont on a fait en grande partie usage aux Saluts en l’Eglise de Sainte Marie…, Bibliothèque Nationale de France, Département de la musique, Vm1 527.
    17. Louis Renaud, Règles de psalmodie française avec trente-sept chants ou airs, sur chacun desquels on peut chanter tous les pseaumes suivant la traduction du Bréviaire de Paris, aussi agréablement qu’on chante les cantiques, Paris, Belin, an VIII [1799].
    18. Pisani, art. cit., p. 39. Sur le contexte général de cette période, cf. Bernard Plongeron, Des résistances religieuses à Napoléon, 1799-1813, Paris, Letouzey & Ané, 2006, ainsi que Rodney Dean, L’Église constitutionnelle, Napoléon et le Concordat de 1801, Paris, Picard, 2004.
    19. Cette ancienne chapelle des Visitandines est, encore de nos jours, le temple du quartier du Marais.
    20. Pierre Brugière, Instructions choisies de M. Brugière, curé de Saint-Paul, Paris, s. n., an XIII (1805), 2 vol. La responsabilité de Renaud dans cette édition est évoquée dans le Recueil…, op. cit., p. 11. Quant à sa participation à l’écriture du Mémoire apologétique, elle est attestée par l’auteur anonyme d’une notice sur Brugière parue dans L’Ami de la Religion et du Roi, LVIII (1828), p. 26.
    21. Brugière, Instructions choisies…, op. cit., vol. 2, p. 347-348. Le format et la pagination indiqués dans cette note correspondant exactement aux caractéristiques du manuscrit conservé au Département de la musique de la Bibliothèque nationale de France.
    22. Mémoire apologétique…, op. cit., p. xij-xiij.
    23. Directorium chori sive brevis psalmodiae ratio, Paris, Typiis Claudii Herissant, 1753.
    24. Renaud, Règles de psalmodie française, op. cit.
    25. Pour un aperçu sur ce vaste domaine, cf. Cécile Davy-Rigaux, “L’Oratoire, Port-Royal et la réforme du chant des offices“, Chroniques de Port-Royal, n 50 (2001), p.413-432.
    26. L’absence des signes de tremblements dans le Recueil imprimé pourrait avoir été causé par des difficultés strictement typographiques. Au moment d’éditer le Recueil, Eberhart ne disposait d’aucune expérience en impression liturgique ou musicale.
    27. Les tentatives de Renaud sont logiquement invoquées dans les textes théoriques et historiques ayant précédé la généralisation de l’usage du français dans la liturgie. Cf. M.-D. Forestier, “Une expérience liturgique sous la Révolution”, La Maison-Dieu, no 1 (1945), p. 74-93.
  • Pour citer cette page :
    Xavier Bisaro, Cantus Scholarum, <https://www.cantus-scholarum.univ-tours.fr/publications/essais-et-notes-de-travail/renaud/>, consulté le 22 septembre 2017.