Reconversions sociales et artistiques : le monde des musiciens et des comédiens à l’heure de la Révolution et de l’Empire (appel à contribution)

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Clermont-Ferrand, Maison des Sciences de l’Homme, mardi 25 octobre 2016

Appel à communications

En supprimant les chapitres collégiaux et cathédraux, la Révolution française éradique aussi des lieux d’enseignement musical et de pratique du plain-chant, des orgues, des bassons, des serpents, etc. Osons le dire, fût-ce à rebours des mandements épiscopaux qui en dénoncent les auditeurs, trop détachés du sacré : ce sont des lieux de concerts parfois réputés qui disparaissent. Ne se contentant pas des pensions qui leur sont proposées, les artistes ainsi floués réfléchissent à leur reconversion, quand ils ne choisissent pas les voies de l’émigration. Ils y retrouvent des hommes de théâtre qui, pensionnés ou au service des princes, convaincus par la défense du monde qui vient de s’effondrer et défenseurs d’une tradition théâtrale, les ont suivis dans leur exil. Pour tous, se pose la question d’une continuité de leur activité ou d’une reconversion sociale ou (et) esthétique – de l’une et de l’autre parfois – en des territoires étrangers (dont les guerres successives, à partir de 1792, vont changer régulièrement la conformation politique et administrative, et la sécurité), voire en des cours soumises aux jeux complexes des alliances. Si les itinérances intrinsèques aux arts lyriques et scéniques se transforment ainsi bon gré mal gré, la question du retour en France n’est pas moins préoccupante : même si elle se résout pour beaucoup seulement sous la Restauration, la situation d’origine ne semble qu’exceptionnellement retrouvée.

Pour ceux, les plus nombreux, qui restent sur le territoire national, la Révolution ouvre un nouveau champ des possibles, qui, du reste, ne passe pas uniment par le geste artistique ou l’engagement militant – combien, regagnant le giron familial ou la communauté d’origine, s’emploient aux métiers de leurs collatéraux (dans l’agriculture, l’artisanat), d’autres rejoignant l’enseignement ou les charges pies, sans toujours des capacités avérées ? Combien doivent s’adapter à ce que détruisent les conflits extérieurs et intérieurs ? Pour plusieurs, il ne s’agit pas d’une, mais de plusieurs reconversions. Cependant, le service du culte de l’Église constitutionnelle puis nationale, la multiplication des corps armés (troupes de ligne, gardes nationales, Armée révolutionnaire, gardes des Assemblées) et de leurs fanfares, la création du Conservatoire et des écoles de musique décentralisées, l’appétence pour les concerts et les bals, avec de nouveaux lieux dédiés dans les villes principales, les cours particuliers dont l’efflorescence de la presse favorise la publicité, sont autant de débouchés pour les musiciens, les chanteurs et les danseurs. La théâtromanie, qui a marqué le dernier tiers de l’Ancien Régime, encouragée par la loi Le Chapelier du 13 janvier 1791 sur la liberté des entrepreneurs du spectacle, se traduit aussi par la multiplication des scènes professionnelles et des sociétés d’amateurs : en leur sein, et entre elles, l’amalgame se fait d’autant plus volontiers entre comédiens et musiciens que la comédie avec ariette, l’opéra dans toutes ses déclinaisons ont les faveurs du public.

Les succès obtenus sur scène attirent vers ce monde parfois rémunérateur, souvent précaire économiquement, des déclassés d’autres horizons : familles lourdement endeuillées de la noblesse vendéenne, maîtres de plantations ruinés par les révoltes d’esclaves peuvent se faire saltimbanques et s’adapter aux nouveaux circuits carriéristes et artistiques, que l’Empire essaiera de réguler, à un marché du travail organisé notamment autour des entrepreneurs de spectacles et de l’annuel mercato parisien printanier, avec ses intermédiaires mal connus et pourtant indispensables aux troupes provinciales. On quantifie mal, pour l’heure, l’ampleur de ces reconversions, les conditions de leur réussite. Reposent-elles sur un simple assujettissement aux vœux des spectateurs ou aux canons de la critique ? Sur une inventivité associée aux besoins de la propagande républicaine et du répertoire patriotique ? Sur des réseaux de sociabilité anciens, ou nés de nouveaux investissements citoyens (clubs, comités de surveillance, administrations locales ou nationales, sociétés d’artistes) ? Sur une valorisation réussie d’une personnalité, d’un parcours, d’un exploit, comme y incitent les voies déjà balisées du vedettariat et les apothéoses héroïques sanctifiées par la Révolution et l’Empire ?

Mesurant la diversité des sources à mobiliser, telles sont les différentes voies, les différentes interrogations que nous souhaiterions explorer et poursuivre au cours de cette journée d’étude, qui, ouverte à tous les chercheurs intéressés, réunira notamment pour la première fois une partie des participants des anciens projets ANR MUSEFREM et THEREPSICORE.

Les propositions de communication (titre et résumé de 15 lignes maximum) sont à adresser au secrétariat du Centre d’Histoire « Espaces et Cultures » avant le 15 juin 2016 (chec@univ-bpclermont.fr).

Comité d’organisation : Philippe Bourdin, Stéphane Gomis, Cyril Triolaire

Partenariat : Centre d’Histoire “Espaces et Cultures” (Université Blaise-Pascal), Centre de musique baroque de Versailles, Institut universitaire de France (Centre d’Études Supérieures de la Renaissance, Tours), Réseau Muséfrem