Le livre de chœur de Mayenne (1839)

Historique

Retrouvé récemment chez des particuliers, ce livre de chœur (330 mm x 495 mm) a été confectionné en 1839 par un congréganiste, Tareau (dit Frère Athanase), installé comme instituteur primaire dans la commune de Dampierre (actuellement, Dampierre-en-Yvelines, département des Yvelines). Il est dédié au curé de la paroisse de Saint-Martin à Mayenne (département de la Mayenne), Pierre Pellier (1798-1884). Celui-ci avait été nommé titulaire de cette charge en 1834 ; il le restera d’ailleurs jusqu’à son décès un demi-siècle plus tard. La paroisse étant pauvre et son église en piètre état, il est possible qu’un des premiers soucis du curé ait été de doter son lutrin de chantres d’un nouveau livre de chœur.

Technique de copie

Ce livre a été entièrement réalisé selon la technique du pochoir : après avoir réglé les feuilles de papier, le copiste applique des pochoirs qui, une fois encrés, permettent d’imprimer les caractères de lettres et de notes, ainsi que les motifs ornementaux (exemple 1). Le résultat obtenu imitait autant que possible la typographie sans en nécessiter le lourd équipement technique.

Mayenne-titre

ex. 1 – Livre de chœur de Mayenne (page de titre)

La technique du pochoir est relativement peu documentée : au XVIIIe siècle, l’Encyclopédie ne la mentionne qu’à propos de la confection de cartes à jouer. Elle a pourtant donné lieu à de nombreux livres de chœur notamment en milieu monastique.

En s’adonnant à cet artisanat, l’instituteur de Dampierre complétait les revenus de son activité principale, et perpétuait la reconnaissance du maître d’école comme professionnel de l’écriture. Nombre de régents de petites écoles étaient commissionnés par les marguilliers de paroisse à la tenue des comptes moyennant une rétribution supplémentaire. D’autres assuraient des offices de greffe. Au XIXe siècle, la tenue du secrétariat municipal s’inscrit encore dans cette tradition de même que, plus discrètement, la copie de livres de chant comparables à celui-ci.

Contenu

Par certains traits, le contenu de ce livre est très lié à sa probable église de destination : s’y trouvent notamment une prose pour la Saint-Martin (patron de la paroisse dont l’abbé Pellier était le curé), et une “Messe de M. Gruau, curé de  Changé-lès-Le-Mans”. Il s’agit d’un ordinaire composé, à en croire ce titre, par Louis-Berthevin Gruau (v. 1749-1824). L’abbé Gruau ayant reçu par résignation le bénéfice de sa paroisse en 1778, cette messe peut dater de la toute fin de l’Ancien Régime. Gruau ayant retrouvé sa charge à Changé-lès-Le-Mans après la signature du Concordat, elle est également susceptible d’avoir été écrite au commencement du XIXe siècle. Une datation plus précise est avancée par dom Piolin :

Ce fut aussi durant son exil en Espagne que Louis-Berthevin Gruau, curé de Changé-lez-le-Mans, composa cette messe, imprimée sous son nom dans l’Office noté du diocèse, et que nos églises ont entendue aux fêtes solennelles durant trente ans environ.

(Piolin, L’Église du Mans durant la Révolution, vol. 2, p. 31)

La copie du livre de chœur de Mayenne a été commandée à un instituteur assez éloigné du diocèse du Mans. Pour guider à distance son travail, un exemplaire de l’Office noté du diocèse du Mans (1831) a vraisemblablement été fourni au frère Athanase. Durant toute la section des messes, le livre de chœur en reproduit fidèlement les mélodies mais encore, en plusieurs endroits, leur mise en page, leur paratexte et sa ponctuation. C’est notamment le cas pour le début de la “Messe de M. Gruau” (exemples 2 et 3).

OfficenotéLeMans1831ex. 2 – “Messe de M. Gruau” dans l’Office noté du Mans (p. clxvj)

Tareau-Gruau
ex. 3 – Messe de M. Gruau dans le livre de chœur de Mayenne (p. 59)

 

Si cette source imprimée semble avoir servi de modèle au copiste, elle ne contient aucun des faux-bourdons ou des pièces en plain-chant musical qu’il a également notés. Dans ce corpus, quelques pièces sont reconnaissables (le O Salutaris de Dugué par exemple) quand d’autres nécessiteraient des investigations plus poussées afin d’être attribuées, comme un rare Magnificat alterné à deux choeurs et un soliste (exemple 4).

Tareau-Magnificatex. 4 – Magnificat dans le livre de chœur de Mayenne (p. 40)

(Xavier Bisaro, novembre 2014)

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