Henri Hardouin

Méthode nouvelle, courte et facile pour aprendre le plain-chant

Charleville, s. n., 1762

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L’auteur

Enfant de chœur (1735) puis maître de musique de la cathédrale de Reims (1749), Henri Hardouin (1727-1808) gravit tous les échelons des ordres ecclésiastiques et de la hiérarchie du chapitre de cette église jusqu’à devenir prêtre, et même chanoine de plein droit en 1776. Il publia sa Méthode nouvelle afin de donner suite au nouveau bréviaire diocésain1Breviarium Sanctae Ecclesiae Metropolitanae Roemensis, Charleville, Excudebat P. Thesin, 1759, 4 vol. Le missel correspondant ne fut édité qu’à partir de 1770. dont il composa aussi le chant. À côté de ceci, il composa de nombreuses œuvres pour le bas-chœur de la cathédrale qu’il servait2Jean-Luc Gester, “De Paris à Reims ou de Pergolèse à Hardouin, en passant par Haydn : à propos d’un Stabat Mater d’Henri Hardouin (1727–1808)”, Cahiers rémois de musicologie, I (2003), p. 19-49, et “Les compositions sur le Magnificat de Henri Hardouin (1727-1808)”, Cahiers rémois de musicologie, II (2004), p. 59-81., fit imprimer des messes polyphoniques (1772) et prit part aux activités de l’Académie de musique de Reims (1752-1773)3Patrick Taïeb, “Le Concert de Reims (1749–1791)”, Revue de musicologie, XCIII/1 (2007), p. 17-52.. Interrompue par la Révolution, sa carrière reprit à la fin du XVIIIe siècle : il assuma à nouveau la direction de la maîtrise pendant quelques années avant de se retirer à Grandpré, son village natal, où il décéda le 12 août 18084La date de son décès est bien le 12 août, et non le 13 comme indiqué dans la notice biographique du Grove Music Online..

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Première partie de l’ouvrage, la “Methode nouvelle courte et facile pour aprendre [sic] le plain-chant” (p. 1-39) ne présente que peu de singularités par rapport à la plupart des autres manuels de même type. Il faut cependant relever un parti pris de notation valable pour tout le nouveau plain-chant du diocèse de Reims (lignes supplémentaires plutôt que changements de clefs), ainsi que des indications sur le cérémonial local en matière de chant (à partir des Observations, p. 30). Plus personnelle est l’adoption du système heptachordal (autrement dit, l’emploi des sept syllabes ut à si) sans recourir aux syllabes “intermédiaires” que constituaient le za (pour sib) et le ma (pour mib). Tandis que tous les auteurs ou presque avant Hardouin maintinrent ces syllabes marquées par le souvenir de l’antique fa super hexacordum, le maître de musique rémois privilégie une orientation plus “musicale”, tendant à rapprocher les connaissances élémentaires du plain-chant de celles propres à la musique. Dans le même ordre d’idée, il faut souligner l’insertion d’exercices de lecture et de vocalise visant à connaître et “savoir entonner” les 7e mélodiques, souvent omise dans les méthodes comparables (exemple 1). En dépit de l’extrême rareté de cet intervalle dans le répertoire liturgique (ce que Hardouin ne manque pas de souligner), la Méthode nouvelle, courte et facile invite ses utilisateurs à le transposer sur les divers degrés de la gamme diatonique (exemple 2) !

 

 

ex. 1 – Hardouin, Méthode nouvelle… (p. 7) ex. 2 – Hardouin, Méthode nouvelle… (p. 9)

L’autre caractéristique principale de cette méthode réside dans la succession étonnante de ses chapitres. La dénomination des notes (basée sur la gamme unique d’ut à si) selon la position des clefs n’est abordée que dans le cours du directoire psalmodique, bien après la description des éléments de notation, les exercices sur les différentes intervalles et le détail des differentiae pour chaque ton ! Au moment d’utiliser cette méthode, la marge d’initiative des maîtres chargés de l’instruction des débutants était donc importante.

Après la méthode à proprement parler, ce volume comprend onze messes en plain-chant dont huit composées par Hardouin et pouvant “servir de Leçon aux Commençans” (exemple 2).

Hardouin - Messe du 1er ton (1762)ex. 2 – Hardouin, Méthode nouvelle… (p. 41)

Il faut enfin relever que, comme Oudoux et chez Pierre-Nicolas Poisson, Hardouin propose des faux-bourdons psalmodiques à deux voix (taille et basse) dont celui du 1er ton devait sonner non sans un certain archaïsme aux oreilles des amateurs de musique (exemple 3 – cf. la basse sur dextris meis).

Hardouin-p.17

ex. 3 – Hardouin, Méthode nouvelle… (p. 17)

Après avoir bénéficié d’une nouvelle publication en 1790, la méthode de Hardouin fut rééditée sous la Restauration (1819 et 1828) et contribua, à ce titre, à la pérennité des usages cantoraux d’Ancien Régime dans le diocèse, désormais concordataire, de Reims.

(X. Bisaro, novembre 2014 – octobre 2017)

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Sources et bibliographie

Sources
Sources complémentaires
Bibliographie

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    Notes   [ + ]

    1. Breviarium Sanctae Ecclesiae Metropolitanae Roemensis, Charleville, Excudebat P. Thesin, 1759, 4 vol. Le missel correspondant ne fut édité qu’à partir de 1770.
    2. Jean-Luc Gester, “De Paris à Reims ou de Pergolèse à Hardouin, en passant par Haydn : à propos d’un Stabat Mater d’Henri Hardouin (1727–1808)”, Cahiers rémois de musicologie, I (2003), p. 19-49, et “Les compositions sur le Magnificat de Henri Hardouin (1727-1808)”, Cahiers rémois de musicologie, II (2004), p. 59-81.
    3. Patrick Taïeb, “Le Concert de Reims (1749–1791)”, Revue de musicologie, XCIII/1 (2007), p. 17-52.
    4. La date de son décès est bien le 12 août, et non le 13 comme indiqué dans la notice biographique du Grove Music Online.
  • Pour citer cette page :
    Xavier Bisaro, "Méthode nouvelle, courte et facile pour aprendre le plain-chant (1762)", Cantus Scholarum, <https://www.cantus-scholarum.univ-tours.fr/ressources/sources/methodes-faciles-de-plain-chant/methode-1762/> [publié le 30 septembre 2014], consulté le 19 janvier 2018.