Méthode nouvelle pour apprendre facilement le plain-chant (1772)

 

 Nicolas Oudoux

Méthode nouvelle
pour apprendre facilement le plain-chant

Paris, Chez Augustin-Martin Lottin, 1772

OudouxTitre

retour vers les méthodes de plain-chant

Un enfant du siècle

Nicolas Oudoux (1735-1810) a longtemps été connu des musicologues sous son seul patronyme et avec pour unique repère biographique son rattachement au chapitre de la cathédrale de Noyon. La page de titre de sa Méthode nouvelle le présente en effet comme “Chapelain, Ponctoyeur1Ce titre signifie que Nicolas Oudoux était chargé de la “pointe”, autrement dit de la vérification de l’assiduité des musiciens du bas-chœur de la cathédrale de Noyon dans l’exécution de leurs fonctions. & Musicien de l’Eglise [cathédrale] de Noyon”. Par recoupement d’informations, il est cependant possible de reconstituer plus précisément sa vie qui, à bien des égards, reflète plusieurs des grandes caractéristiques du milieu des musiciens d’église de son époque.

Fils de Nicolas Oudoux et de Marie Françoise Denie, Oudoux naît en 1735 à Condé-sur-Aine, au diocèse de Soissons. En l’absence de tout registre conservé pour cette paroisse, il est difficile de circonscrire son origine familiale. Cependant, son père pourrait être ce Nicolas Oudoux qui naquit d’un autre Nicolas, maître d’école, dans la paroisse de Jumigny le 27 décembre 16992Archives départementales de l’Aisne, registre BMS de la paroisse de Jumigny, 5Mi0350., ce village n’étant distant de Condé-sur-Aisne que d’une vingtaine de kilomètres. Si tel est le cas, l’auteur de la Méthode nouvelle a pu recevoir les premiers rudiments de plain-chant de son père, régent et chantre, avant d’entrer, selon Fétis, comme enfant de chœur à la cathédrale de Noyon3François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens (2e éd.), Paris, Librairie de Firmin Didot Frères, Fils et Cie, 1864, t. VI, p. 390. alors qu’un autre auteur suggère qu’il fut plutôt intégré à la psallette de la cathédrale de Soissons4Abbé Jacquelet, « Seigneurie de Vauxbuin », Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons, XIII (1905-1906), p. 212., ce qui semble plus logique compte tenu de la localisation de sa paroisse natale.

Par la suite, Nicolas Oudoux devint bénéficier de la cathédrale de Noyon au plus tard en 17615Oudoux assiste en cette qualité à l’inhumation du sous-chantre de la cathédrale de Noyon le 9 juin 1761 ; Archives départementales de l’Oise, registre des baptêmes et sépultures de la cathédrale Notre-Dame de Noyon (1758-1762), 5Mi1823., avant d’obtenir une charge de chapelain et de musicien au sein du bas-chœur de cette église. Dans cet environnement, Oudoux gagna la confiance du chapitre : mis à part son investissement dans la publication des livres de la nouvelle liturgie de Noyon (dont le chant avait été en partie composé par l’abbé Dugué6Nicolas Oudoux, Méthode nouvelle pour apprendre facilement le plain-chant, Paris, Chez Augustin-Martin Lottin, 1772, p. 25.), il rendit service aux chanoines comme député pour leurs affaires à Paris, ainsi qu’il apparaît dans une annonce passée dans les Affiches, annonces et avis divers de 1767. D’autre part, Oudoux fit preuve de talent comme graveur puisqu’il est l’auteur d’une Allegoria offerte en 1772 à l’évêque d’Amiens, Louis-François-Gabriel de La Motte7Bulletins de la Société des Antiquaires de Picardie, XI (1871-1873), p. 183-184..

Alors qu’il figure dans les registres de la paroisse cathédrale jusqu’en avril 17778Oudoux signe l’acte de sépulture d’un chanoine de la cathédrale le 30 avril 1777 ; Archives départementales de l’Oise, registre de la paroisse Notre-Dame, 3E471/63., Oudoux poursuit sa carrière à La Fère, bourg situé entre Laon et Saint-Quentin, où il détient un canonicat de la collégiale Saint-Montain au moins à partir de 17839La mention la plus ancienne de sa présence à La Fère figure dans la relation d’une sépulture le 11 novembre 1783 ; Archives départementales de l’Aisne, registre BMS de La Fère, 5Mi0275.. C’est là que la Révolution le surprend : après avoir sollicité une pension suite à la dissolution de son chapitre, Oudoux abdique de son état sacerdotal et se marie le 3 brumaire an II (24 octobre 1793) avec la fille d’un marchand de fer10Archives départementales de l’Aisne, transcription de l’état-civil 1793-1794, 5Mi0275.. Il restera installé à La Fère jusqu’à son décès survenu le 8 janvier 1810 à l’occasion duquel il est mentionné comme “pensionnaire ecclésiastique”11Archives départementales de l’Aisne, transcription de l’état-civil 1810, 5Mi0276.. Cet itinéraire menant d’une famille de régents12Il n’est pas impossible que des membres de sa famille aient assumé au XVIIIe siècles les fonctions de régents. Alors que Nicolas Oudoux était né à Condé-sur-Aine près de Soissons, des Oudoux étaient régents des écoles à Ambleny et à Ressons-le-Long, deux paroisses voisines situées à proximité de la ville épiscopale. Cf. les comptes de la fabrique paroissiale d’Ambleny (années 1786 et 1791), Archives départementales de l’Aisne, L 1515. à l’état laïc après la Révolution en passant par un emploi musical dans une cathédrale n’est pas sans rappeler celui d’autre musiciens évoqués par ailleurs, hormis le fait que Nicolas Oudoux n’eut apparemment pas à se soucier de trouver une nouvelle situation professionnelle à l’orée du XIXe siècle.

La Méthode nouvelle de Noyon à Paris

La méthode de Nicolas Oudoux est publiée une première fois en 1772 en tant que volume à part entière mais aussi jointe à un recueil d’hymnes et proses de la liturgie de Noyon, sous le titre d’Hymnaire de Noyon (1772). Elle bénéficia ensuite d’une nouvelle édition en 1776, apparemment en raison du succès  rencontré par la première. De même que les méthodes de Poisson (1789) ou Hardouin (1762), celle de Nicolas Oudoux était associée à la parution des livres d’une nouvelle liturgie diocésaine, en l’occurrence celle de Noyon inaugurée par la promulgation d’un bréviaire en 1764. Possiblement chargé de la révision partielle de l’antiphonaire et du graduel, Oudoux était le candidat le plus évident à la préparation d’un manuel censé faciliter la diffusion du nouveau chant. Les risques inhérents à l’introduction de celui-ci sont d’ailleurs mis en avant dès l’avertissement introductif de la Méthode nouvelle :

Si l’on n’a point dans toutes les Eglises le même goût pour le Chant ; si l’on ne voit point parmi les Fidèles le même empressement à unir leurs Voix à celles qui gouvernent le Chœur ; si dans certaines Paroisses on a envisagé avec peine le terme où il falloit quitter les anciens Livres de Chant pour se servir des nouveaux, ne pourroit-on pas l’attribuer au peu d’habileté de ceux qui sont obligés de s’en servir, qui, bien loin d’être en état d’enseigner aux autres, se trouvent souvent eux-mêmes arrêtés pour l’exécution13Oudoux, op. cit., p. 5. ?

Au-delà de la destination locale de sa méthode, Oudoux semble avoir visé plus loin en sollicitant pas moins de trois approbateurs sur la foi desquels l’évêque, Charles de Broglie, rédigea lui-même une approbation. En premier lieu, l’ouvrage recueille l’assentiment de François Homet, le maître de musique de la cathédrale de Noyon, qui recommande la méthode “sur-tout aux Clercs des Paroisses chargés de former des Elèves14Oudoux, op. cit., p. lxxvij.”. Oudoux obtint également un avis enthousiaste de François Doriot, maître de musique de la Sainte-Chapelle de Paris15”On ne peut trop applaudir celui qui, par son travail, s’est rendu capable de donner de nouvelles lumières sur cet objet […]” ; ibid., et de Jean-Baptiste Dugué, maître de musique de Notre-Dame de Paris16Dugué estime que la Méthode nouvelle estaussi parfaitement raisonnée qu’utile pour faciliter la belle exécution du Plain-Chant” ; ibid., p.lxxviij.. Datée du 26 juin 1770 (soit le lendemain de sa nomination par les chanoines de la cathédrale parisienne), cette dernière approbation fut probablement obtenue en raison du passage de Dugué comme maître de musique de la cathédrale de Noyon à la fin des années 1750, époque au cours de laquelle Oudoux rejoignit le bas-chœur de cette église.

En plus de ces cautions conférant à cette publication l’onction du “bon goût” de la capitale, l’annonce de la Méthode nouvelle dans plusieurs périodiques confirme le projet de son auteur et, peut-être, de son imprimeur d’en élargir la diffusion. Même si cette couverture se réduit le plus souvent à quelques lignes, elle fut assurée par des relais importants de la République des Lettres en France (le Journal de Trévoux17Mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux-arts, février 1773, p. 365., le Mercure de France, le Journal encyclopédique, l’Avant-Coureur ; le Journal des savants, le Journal historique sur les matières du tems et même la Gazette de France pour la 2ème édition) comme à l’étranger (les Nouvelles littéraires). Afin de mesurer l’ampleur de l’écho réservé à la Méthode nouvelle de Nicolas Oudoux, la méthode de Hardouin offre un bon point de comparaison : conçue elle-aussi pour accompagner l’introduction d’une nouvelle liturgie diocésaine, elle ne fut gratifiée au contraire d’aucune recension, ce à quoi son lieu d’impression (Charleville) ne fut peut-être pas étranger.

Ces précautions pourraient avoir porté leurs fruits puisque la deuxième édition de 1776 (qui nécessita une nouvelle composition typographique pour une partie des pages) s’ouvre sur l’annonce de l’épuisement de la première. Les différences entre les deux versions sont cependant minimes : les principales modifications opérées par Oudoux concernent la réécriture de l’article sur le bémol (allègement du recours aux degrés za pour sib et ma pour mib, historique de l’emploi de cette l’altération, évocation des modes à bémol “stable”), le développement de l’article sur le dièse et le déplacement des approbations en fin de volume.

Un catéchisme du plain-chant

Oudoux paraît avoir été animé par la volonté, rarement exprimée aussi clairement chez d’autres auteurs de méthodes “faciles”, de favoriser le chant des enfants :

ceux qui sont destinés à l’éducation de la Jeunesse, ne doivent-ils pas sur-tout suivre cet Avis, & donner une partie de leurs soins à enseigner le Plain-Chant aux Enfans ? Cette Instruction les mettra à portée de se rendre utiles dans la célébration des Offices de l’Eglise ; à tant de Chansons profanes & dangereuses dont le Public est inondé, on substitueroit le Chant des louanges du Seigneur ; et du goût que l’on prendroit à les chanter avec l’Eglise, naîtroit une assiduité plus régulière aux saints Offices18Oudoux, op. cit., p. 6..

L’intérêt de Nicolas Oudoux pour l’instruction scolaire pourrait être rapproché de ses origines familiales (cf. ci-dessus) mais le contexte particulier du diocèse de Noyon l’explique plus sûrement19Sur les petites écoles dans le diocèse de Noyon sous l’Ancien Régime, cf. Alfred Ponthieux et al., “Notes et documents pour servir à l’histoire de l’instruction publique dans l’ancien diocèse de Noyon“, Comité archéologique et historique de Noyon – comptes rendus & mémoires lus aux séances, XVI (1900), p. 92-180.. L’évêque Jean-François de La Cropte de Bourzac (ép. 1734-1766) avait promulgué en 1746 un règlement pour les régents d’école qui, comparé à d’autres documents du même type, insiste singulièrement sur la pratique du chant au stade des apprentissages élémentaires. Celui-ci apparaît dès la liste des compétences à transmettre en général à tous les élèves (lecture, écriture, orthographe, arithmétique, chant20Règlement pour les clercs séculiers du diocèse de Noyon (1746), transcrit dans Comité archéologique et historique de Noyon – comptes rendus & mémoires lus aux séances, VIII (1886), p. 153.), ce qui devait permettre à tout enfant de prendre part au salut chanté du soir :

[les maîtres devront] conduire chaque jour, comme dessus, après l’école du soir, les enfans à l’Église pour le Salut, auquel on chantera une Antienne à la Sainte Vierge, selon le tems, ensuite le De Profundis, l’oraison Fidelium, l’Ave Maria, trois fois, et à la fin, Domine, miserere nobis, Domine, dona nobis pacem21Ibid., p. 154..

Par ailleurs, ce règlement prévoit de manière attendue un enseignement spécialement adressé “aux enfans de chœur et autres qui auront quelques bonnes dispositions”. Mais la détermination du temps réservé à cette partie de l’instruction distingue les prescriptions de l’évêque de Noyon au regard de la plupart des règlements scolaires : le prélat préconise en effet d’y consacrer “chaque jour, à la fin de l’école du matin et avant la prière de celle du soir, […] environ une demie heure”. De surcroît , un programme précis est établi pour les garçons appelés à devenir les enfants de chœur de l’église paroissiale :

[les maîtres auront] soin qu’il y ait toujours dans chaque paroisse quatre enfants de chœur pour servir la Messe, […] chanter les versets des Vêpres qui leur seront donnés par écrit, quand il y en aura plusieurs, ainsi que ceux des Matines, et à mesure que ces enfans profiteront, ils les placeront au Lutrin, où ils leur feront chanter le verset de l’Introïte, celui du Graduel, le Sanctus, l’Agnus Dei et le Domine Salvum, alternativement avec le chœur, les versets des repons des Matines et des Processions, les repons brefs des Petites Heures, entonner les Antiennes des Laudes et des Vêpres, et ils en choisiront d’autres pour les remplacer au sanctuaire […]22Ibid., p. 154.

Or, toujours selon ce règlement, c’est bien à l’école que la préparation des élèves chantant au chœur devait avoir lieu :

[les maîtres feront] chanter aux Écoles aux tems cy-dessus marqués, principalement ce que les enfans devront chanter à l’Église le dimanche suivant ou fête de la semaine, comme leçons de Matines, Versets, Épîtres, Antiennes, etc. [et devront] écouter attentivement ces enfans lorsqu’ils chanteront dans l’Église, et […] les reprendre exactement dans l’École des fautes qu’ils auront faites pour qu’ils s’en corrigent23Ibid..

Enfin, ce règlement comprend un long développement sur la correction attendue de la part des enfants dans le chant :

[les maîtres devront] chanter les offices avec la gravité, modestie et dévotion qui conviennent ; d’observer dans la psalmodie, et de faire exactement observer la médiante ; de prendre garde que les uns n’entreprennent sur les autres ; de reprendre ceux qui chanteront avec trop de précipitation ou qui traineront, de faire en sorte que toutes les voix s’accordent et ne fassent, pour ainsi dire, qu’une seule et même voix qui édifie les peuples, et excite leur dévotion en chantant les louanges du Seigneur, d’avoir soin en chantant de bien prononcer, même aux Obits et Commendaces, et de faire bien prononcer par les enfans ; de remarquer avec soin, et de faire remarquer aux enfans de chœur, dans le Missel et les Bréviaires, les syllabes qui apprennent la manière de prononcer en chantant et en lisant24Ibid., p. 154-155..

Comme pour les points précédents, ce n’est pas tant la nature des consignes que le soin porté à leur formulation qui frappe : les critères de la décence chantante n’ont ici rien d’original ; en revanche, il est peu fréquent de voir les écoliers et le maître conjointement astreints à un tel niveau d’exigence. Cette focalisation sur la vocation scolaire de la Méthode nouvelle influence jusqu’à sa section consacrée aux hymnes. Celle-ci prend la forme de “Leçons en hymnes mesurées” servant à “perfectionner les Élèves” en les initiant à la lecture du chant comme aux différents mètres poétiques classiques25Oudoux, op. cit., p. xj..

Dès lors, on comprend mieux une des principales spécificités de la Méthode nouvelle, en l’occurrence sa forme dialoguée qui la fait ressembler aux catéchismes produits sous l’Ancien Régime. Oudoux justifie ce choix au nom de son efficacité mnémonique :

On développe ici les Principes du Chant par Demandes & par Réponses ; parce qu’on a cru cette manière d’enseigner plus propre à rendre sensibles les raisonnemens, & à favoriser en même-tems la mémoire de ceux qui étudient. Ces Demandes & ces Réponses sont courtes & serrées pour les choses faciles à entendre, mais plus étendues & plus détaillées lorsqu’il n’a pas été possible de s’expliquer clairement en peu de mots. On s’est étudié à faire succéder les Articles les uns aux autres, de manière qu’un Article parût naître de l’autre, & que la Demande & la Réponse précédentes fissent désirer celles qui suivent26Oudoux, op. cit., p. 7..

Dans un même souci pédagogique, Oudoux a fait imprimer “les mots qui ont un double sens, d’un caractère différent, afin qu’ils ne soient point équivoques27Ibid., p. 12.” (graduel, ton, mesure) et insérer un résumé des points essentiels en fin d’ouvrage.

Outre ses supposées vertus pédagogiques auprès des élèves, la forme dialoguée correspondait à une méthode d’apprentissage bien connue des maîtres d’école. Après y avoir été soumis eux-mêmes durant leur enfance, ils la retrouvaient sous sa forme écrite dans les catéchismes diocésains. Celui de Noyon28Catechisme composé par Monseigneur l’Evêque-Comte de Noyon, Saint-Quentin, Chez P. Poscher, 1734. Ce catéchisme fut promulgué par l’évêque François de Clermont-Tonnerre en 1691 et réédité par la suite. peut ainsi être rapproché de la Méthode nouvelle  (exemples 1 et 2) pour mieux constater leur convergence formelle.

 
 

CatechismeNoyon5ex. 1 – Catéchisme [de Noyon] (p. 1)

Oudoux9bis

ex. 2 – Oudoux, Méthode… (p. 9)

 

Si le style rédactionnel de cette méthode est inhabituel, sa substance théorique l’est nettement moins. Revendiquant d’avoir compilé “un grand nombre de Traités sur le Chant”, Oudoux fait explicitement référence au récent Dictionnaire de musique de Jean-Jacques Rousseau (1768), au Traité théorique et pratique du Plain-Chant appellé grégorien de Léonard Poisson (1750) et à Sébastien de Brossard. Dans le détail, une autre source pourrait avoir inspiré Nicolas Oudoux. Sa façon de procéder pour distinguer la place du demi-ton dans les 3ces mineures (exemple 3) rappelle en effet celle de l’abbé Lebeuf dans son Traité historique et pratique (1741) :

Oudoux21ex. 3 – Oudoux, Méthode nouvelle… (p. 21)

Au final, la somme de données théoriques contenues dans la Méthode nouvelle est aussi commune que la technique d’apprentissage du chant conseillée par Oudoux :

il faut enfin, pour apprendre à chanter, s’appliquer à bien connoître les Notes, & à distinguer les différens Intervalles qui les séparent, afin de les entonner juste ;  c’est ce qu’on appelle Solfier ; se familiariser ensuite avec les Intervalles, au point de substituer des Paroles aux noms des Notes ; c’est ce qu’on appelle Chanter29Oudoux, op. cit., p. 11..

Seul écart par rapport à la norme, Nicolas Oudoux insère dans ses exercices pour débutants une série sur l’échelle mineure (exemple 4), rarement exploitée dans les méthodes faciles.

OudouxVIIIex. 4 – Oudoux, Méthode nouvelle… (p. viij)

Des cathédrales à la campagne

Un autre point saillant de la Méthode nouvelle réside dans sa tentative de fournir aux paroisses sans forces musicales des moyens supplémentaires pour solenniser le plain-chant de leurs lutrins rassemblant hommes et garçons autour du régent des écoles. Alors que l’usage de jouer du serpent dans les églises des paroisses rurales tend à se généraliser durant la seconde moitié du XVIIIe siècle30Cécile Davy-Rigaux, « “Jouer le plain-chant” : le serpent à l’unisson de la voix des chantres dans la France d’Ancien Régime », Musique, images, instruments – Revue française d’organologie et d’iconographie musicale, XIV (2013), p. 98-100., Oudoux propose aux usagers de sa méthode les savoirs minimaux nécessaires à un instrumentiste sachant doubler les voix et transposer à bon escient. Dans le même ordre d’idée, la Méthode nouvelle propose des tableaux de transposition à l’usage des organistes pour répondre au chœur, ainsi que des faux-bourdons psalmodiques à deux voix déjà transposés (exemple 5, avec un 5e ton transposé sur à tierce majeure) et, à ce titre, facilement utilisables pour des chantres peu expérimentés.

OudouxFxbdonex. 4 – Oudoux, Méthode nouvelle… (p. lviij)

La civilité musicale “cultivée” véhiculée par cette méthode se double d’une civilité comportementale dont l’auteur dévoile, en conclusion de son ouvrage, les présupposés sociaux  :

Il faut faire remarquer aux Élèves le défaut qu’on est souvent obligé de reprocher aux Chantres des Paroisses, sur-tout de la Campagne, lorsqu’ils chantent à deux ou en Chorus, & qu’ils ont à observer quelques repos indiqués par la copie ; le plus hardi d’entr’eux (c’est ordinairement le plus ignorant) voulant paroître avec éclat, ne donne point à son voisin le tems de reprendre haleine ; celui-ci veut briller à son tour ; &, sans égard pour la Mesure, la presse ; bien-tôt ils la perdent l’un & l’autre on s’anime  chacun perd l’équilibre du Ton dans lequel on étoit entré ; on monte à l’envi l’un de l’autre ; on n’entend plus à la fin que des cris affreux & des sons dénaturés, qu’on prendroit pour des hurlemens & des cris poussés à dessein ; bien loin de penser que ces personnes, avec leurs talens, sont destinées à honorer Dieu31Oudoux, op. cit., p. lxvij-lxviij..

En cela, la Méthode nouvelle de Nicolas Oudoux constitue un cas assez rare de manuel ambitionnant d’agir, par le truchement de l’enseignement scolaire, sur le cadre coutumier du chant des paroisses d’un diocèse entier.

 (X. Bisaro, décembre 2015)

Table des matières (édition 1772)

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Sources

Sources principales

Sources complémentaires

Autour de ce sujet

Les commentaires sont clos.

    Notes   [ + ]

    1. Ce titre signifie que Nicolas Oudoux était chargé de la “pointe”, autrement dit de la vérification de l’assiduité des musiciens du bas-chœur de la cathédrale de Noyon dans l’exécution de leurs fonctions.
    2. Archives départementales de l’Aisne, registre BMS de la paroisse de Jumigny, 5Mi0350.
    3. François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens (2e éd.), Paris, Librairie de Firmin Didot Frères, Fils et Cie, 1864, t. VI, p. 390.
    4. Abbé Jacquelet, « Seigneurie de Vauxbuin », Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons, XIII (1905-1906), p. 212.
    5. Oudoux assiste en cette qualité à l’inhumation du sous-chantre de la cathédrale de Noyon le 9 juin 1761 ; Archives départementales de l’Oise, registre des baptêmes et sépultures de la cathédrale Notre-Dame de Noyon (1758-1762), 5Mi1823.
    6. Nicolas Oudoux, Méthode nouvelle pour apprendre facilement le plain-chant, Paris, Chez Augustin-Martin Lottin, 1772, p. 25.
    7. Bulletins de la Société des Antiquaires de Picardie, XI (1871-1873), p. 183-184.
    8. Oudoux signe l’acte de sépulture d’un chanoine de la cathédrale le 30 avril 1777 ; Archives départementales de l’Oise, registre de la paroisse Notre-Dame, 3E471/63.
    9. La mention la plus ancienne de sa présence à La Fère figure dans la relation d’une sépulture le 11 novembre 1783 ; Archives départementales de l’Aisne, registre BMS de La Fère, 5Mi0275.
    10. Archives départementales de l’Aisne, transcription de l’état-civil 1793-1794, 5Mi0275.
    11. Archives départementales de l’Aisne, transcription de l’état-civil 1810, 5Mi0276.
    12. Il n’est pas impossible que des membres de sa famille aient assumé au XVIIIe siècles les fonctions de régents. Alors que Nicolas Oudoux était né à Condé-sur-Aine près de Soissons, des Oudoux étaient régents des écoles à Ambleny et à Ressons-le-Long, deux paroisses voisines situées à proximité de la ville épiscopale. Cf. les comptes de la fabrique paroissiale d’Ambleny (années 1786 et 1791), Archives départementales de l’Aisne, L 1515.
    13. Oudoux, op. cit., p. 5.
    14. Oudoux, op. cit., p. lxxvij.
    15. ”On ne peut trop applaudir celui qui, par son travail, s’est rendu capable de donner de nouvelles lumières sur cet objet […]” ; ibid.
    16. Dugué estime que la Méthode nouvelle estaussi parfaitement raisonnée qu’utile pour faciliter la belle exécution du Plain-Chant” ; ibid., p.lxxviij.
    17. Mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux-arts, février 1773, p. 365.
    18. Oudoux, op. cit., p. 6.
    19. Sur les petites écoles dans le diocèse de Noyon sous l’Ancien Régime, cf. Alfred Ponthieux et al., “Notes et documents pour servir à l’histoire de l’instruction publique dans l’ancien diocèse de Noyon“, Comité archéologique et historique de Noyon – comptes rendus & mémoires lus aux séances, XVI (1900), p. 92-180.
    20. Règlement pour les clercs séculiers du diocèse de Noyon (1746), transcrit dans Comité archéologique et historique de Noyon – comptes rendus & mémoires lus aux séances, VIII (1886), p. 153.
    21. Ibid., p. 154.
    22. Ibid., p. 154.
    23. Ibid.
    24. Ibid., p. 154-155.
    25. Oudoux, op. cit., p. xj.
    26. Oudoux, op. cit., p. 7.
    27. Ibid., p. 12.
    28. Catechisme composé par Monseigneur l’Evêque-Comte de Noyon, Saint-Quentin, Chez P. Poscher, 1734. Ce catéchisme fut promulgué par l’évêque François de Clermont-Tonnerre en 1691 et réédité par la suite.
    29. Oudoux, op. cit., p. 11.
    30. Cécile Davy-Rigaux, « “Jouer le plain-chant” : le serpent à l’unisson de la voix des chantres dans la France d’Ancien Régime », Musique, images, instruments – Revue française d’organologie et d’iconographie musicale, XIV (2013), p. 98-100.
    31. Oudoux, op. cit., p. lxvij-lxviij.
  • Pour citer cette page :
    Xavier Bisaro, Cantus Scholarum, <https://www.cantus-scholarum.univ-tours.fr/ressources/sources/methodes-faciles-de-plain-chant/oudoux/>, consulté le 21 septembre 2017.