Nouvelle Methode tres-seure et tres-facile pour apprendre parfaitement le plein chant en fort peu de temps

Paris, Chez Charles Savreux, 1669

Paris, Chez Guillaume Desprez, 1683

Nouvelle1669-titre

Nouvelle méthode-titre

 

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Contexte de publication

Cette méthode est, sans raison manifeste, attribuée à Claude Lancelot. Le seul indice allant dans ce sens serait l’identité du libraire Charles Savreux : alors que Lancelot faisait partie des Messieurs de Port-Royal, Savreux est connu pour avoir publié la traduction de l’Imitatio Christi par Lemaistre de Sacy (1668), et il décède à Port-Royal-des-Champs même en 1669. Pour autant, dans l’attente d’une confirmation de cette attribution, il est plus prudent de considérer son auteur anonyme1C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle arrive aussi Cécile Davy-Rigaux, “L’Oratoire, Port-Royal et la réforme du chant des offices”, Port-Royal et l’Oratoire, Paris, Bibliothèque Mazarine, 2001, p. 428 note 24..

Deux éditions distinctes en ont été conservées. Celle de 1669 est annoncée comme “seconde édition” (la première étant introuvable à ce jour) ; le privilège datant du 4 juin 1667, il possible que la première édition ait été publié quelques mois seulement avant la seconde. L’édition de 1683, toujours affichée comme “seconde édition”, est rigoureusement identique à la précédente quant à son texte (la mise en page différant légèrement à partir de la page 58), mais a fait l’objet d’une recomposition typographique (nouveaux motifs ornementaux, nouvelles lettrines). Sa page de titre est également renouvelée suite à un changement de libraire. Le fonds de Charles Savreux fut, en effet, racheté par Guillaume Desprez vers 1673-1674, celui-ci pouvant légitimement remettre cette Methode plus vraiment “nouvelle” sur le marché. En revanche, le directoire psalmodique de 1683 diffère substantiellement au regard de celui de l’édition originale (cf. ci-dessous).

Les motivations avancées en 1669 sont habituelles : l’auteur anonyme destine aux ecclésiastiques sa “methode courte & facile par laquelle, par le moyen de laquelle on évite toutes les difficultez de la Gamme & des Muances”. Pour autant, sa méthode est doublement adressée. En caractères droits sont imprimées les consignes didactiques, alors qu’en italiques figurent des conseils sur leur mise en œuvre (exemple 1). Cette partie du texte est donc appelée à être lue par ceux en charge de l’enseignement du plain-chant.

NvMéth1669-p.11ex. 1 – Nouvelle Méthode… (p. 11)

Les raisons pour proposer un nouveau tirage en 1683 sont probablement plus conjoncturelles. Sous l’autorité de l’archevêque Harlay de Champvallon, un nouveau bréviaire parisien (Breviarium parisiense) venait d’être promulgué en 1680. Or, la première édition de cet ouvrage que tout ecclésiastique rattaché au diocèse devait détenir et utiliser est dénuée de directoire psalmodique. Il était donc nécessaire n’aller chercher les données nécessaires à la psalmodie dans une ouvrage complémentaire tel que cette méthode. D’ailleurs, le privilège spécifiquement obtenu pour cette édition (9 novembre 1682) précise que “les nouveaux Chants de Paris ont esté adjoûtez” par rapport au précédent état de la Nouvelle Methode2La même précision a été apportée au moment d’obtenir le permis d’imprimer cette nouvelle version ; cf. Michel Brenet [= Marie Bobillier], La librairie musicale en France de 1653 à 1790, d’après les registres de privilèges”, Sammelbände der Internationalen Musikgesellschaft, VIII/3 (1907), p. 415. Dans ce contexte, les perspectives commerciales devaient être suffisamment alléchantes pour que Desprez envisage de recomposer le livre édité par Savreux presque quinze ans plus tôt. Les modifications dans l’édition de 1683 affectent surtout le directoire psalmodique, explicitement présenté comme étant “selon l’usage de Paris conformément au Nouveau Breviaire”. Cette section de la Nouvelle Methode expose des formules plus nombreuses et différentes par rapport à celles de 1669, ainsi que des indications sur la mise en œuvre pratique de ces formules lors de l’office.

Orientations didactiques

Dans sa partie didactique, la Nouvelle Methode se distingue par l’optimisme pédagogique de son auteur et son souci d’une transmission des informations adaptée aux débutants. En conclusion de la méthode, il achève de la sorte de démystifier le savoir théorique propre au chant ecclésiastique :

Voila tout ce qu’il est necessaire de sçavoir pour apprendre le Plein chant. Qu’on étudie bien ces regles, & qu’on les comprenne bien avant toutes choses ; c’est un travail de deux jours, tout au plus plus, pour ceux qui ont le moins d’ouverture à ces choses là 3Nouvelle Methode…, p. 30..

Au préalable, non seulement l’auteur prend le parti de la gamme double (sur ut par bécarre, sur fa par bémol), mais il choisit en outre de recourir à des points de comparaisons non musicaux (les jours de la semaine assimilés à l’échelle des notes – exemple 2) ou à représenter graphiquement la place du degré mobile si (exemple 3).

NvMeth1669-p.7ex. 2 – Nouvelle Methode… (p. 7)

NvMeth1669.p.15ex. 3 – Nouvelle Methode… (p. 15)

De plus, certaines difficultés sont abordées pas seulement d’un point de vue théorique, mais au travers d’un répertoire des cas les plus usuels (exemple 4).

NvMeth1669-p.26ex. 3 – Nouvelle Methode… (p. 26)

Il sait également avoir confiance dans le sens musical “spontané” des utilisateurs de sa Nouvelle Methode. Ainsi, plutôt que de multiplier les explications sur l’évitement de la quarte augmentée mélodique par le bémol, il rassure le lecteur en demandant “que cela n’embarrasse personne, car on le fait naturellement, & il faudroit se forcer pour ne le pas faire4Nouvelle Methode, p. 18”.

L’Explication des quatre cercles (1683)

La nouvelle édition de 1683 poursuit l’effort didactique manifesté par celle de 1669 en ajoutant une Explication des quatre Cercles pour apprendre le Chant (cf. document ci-dessous). Ce cahier ne paraît pas avoir été prévu dans la refonte par Desprez de l’édition originale : non paginé, il figure en tête de la Nouvelle Methode dans l’exemplaire conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal, mais en fin du volume conservé à la Bibliothèque nationale.

 (X. Bisaro, novembre 2014)

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Sources et bibliographie

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    Notes   [ + ]

    1. C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle arrive aussi Cécile Davy-Rigaux, “L’Oratoire, Port-Royal et la réforme du chant des offices”, Port-Royal et l’Oratoire, Paris, Bibliothèque Mazarine, 2001, p. 428 note 24.
    2. La même précision a été apportée au moment d’obtenir le permis d’imprimer cette nouvelle version ; cf. Michel Brenet [= Marie Bobillier], La librairie musicale en France de 1653 à 1790, d’après les registres de privilèges”, Sammelbände der Internationalen Musikgesellschaft, VIII/3 (1907), p. 415
    3. Nouvelle Methode…, p. 30.
    4. Nouvelle Methode, p. 18
  • Pour citer cette page :
    Xavier Bisaro, Cantus Scholarum, <https://www.cantus-scholarum.univ-tours.fr/ressources/sources/methodes-faciles-de-plain-chant/nouvelle-methode-1683/>, consulté le 21 septembre 2017.