Methode très facile & très méthodique
pour apprendre le plain-chant en peu de temps

1676

StG-titre

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Présentation du manuscrit

Le manuscrit 2347 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève a été copié en 1676-1677, et sa présence au sein de ce fonds remonte au moins à 17531Cette date est mentionnée dans l’ex-libris inscrit sur la page de titre de la première méthode.. Il contient deux méthodes “simples” paginées indépendamment l’une de l’autre2Une main apparemment ultérieure (peut-être celle d’un bibliothécaire de Saint-Geneviève au XVIIIe siècle ?) a cependant folioté de manière continu l’ensemble du volume. bien que conçues apparemment d’un seul élan3La Methode très facile & très méthodique est conclue par la mention “Fin du premier livre”, ce qui indique que le reste du recueil en constitue bien la suite., et copiées avec beaucoup d’élégance dans une mise en page aérée : la Methode très facile & très méthodique pour apprendre le plain-chant en peu de temps (1676) et l’Autre Conduitte tres facile & tres methodique pour apprendre le plain-chant en peu de tems (1677). La page de titre de cette dernière porte la mention “scripsit Brunet“, ce qui ne permet pas de lever l’anonymat de l’auteur.

En l’absence d’information supplémentaire, l’habileté, sinon l’inventivité graphique du copiste (figure 1) semblent indiquer que ce volume a été réalisé dans un milieu où le “beau manuscrit” était apprécié. Même si son état fait penser à une version au propre transmise à un imprimeur, le nombre et la variété des illustrations décoratives incite à considérer que ce recueil était destiné à rester un unicum.

Fig. 1 – Methode très facile & très méthodique… et Autre conduitte… (dessins et lettrines)

De plus, le caractère composite de la dernière page de la première méthode (figure 2), dont la rédaction trahit une certaine précipitation, ne permettait de la convertir immédiatement en version imprimée4D’autres indices convergent dans ce sens, comme l’inachèvement de l’intertitre au f° 32r..

StG-p.47Fig. 2 – Methode très facile & très méthodique (p. 47)

Par ailleurs, la fréquence des citations latines accrédite l’hypothèse d’une conception à destination d’un lectorat restreint et relativement savant, qui pourrait être celui des religieux de l’abbaye génovéfaine même. Cette possibilité est confortée l’adoption, au moins pour la méthode placée en ouverture du recueil, de l’apprentissage selon les trois hexacordes de solmisation (figure 3). Ce choix recoupe en effet celui de François Bouillon, chanoine génovéfain et auteur d’une précédente Instruction (1654) reflétant une pratique intacte de la solmisation hexacordale au sein de la Congrégation de France au milieu du XVIIe siècle. De ce fait, les explications consacrées à cette technique d’enseignement de la Gamme occupent une bonne part de la première méthode, au point que l’auteur clôt la section qui leur est consacrée sur un quasi mouvement d’humeur : “Cela suffira po[ur] les muances. Sonet vox tua &c.5Methode très facile & très méthodique, p. 16.”.

StG-Gamme

Fig. 3 – Methode très facile & très méthodique (p. 3)

La proximité de cette méthode avec celle de Bouillon est également patente à l’examen de leurs tables psalmodiques respectives. Elles partagent ainsi certaines terminaisons inhabituelles (pour le 4e ton notamment), ou bien ordonnent les terminaisons selon un classement presque identique (8e ton).

Parmi les indices de la provenance régulière de ce recueil manuscrit figurent encore le recours des formules mnémotechniques traditionnellement utilisées pour l’apprentissage des échelles modales ou des tons psalmodiques (Pri, re, la. Sec, re, fa. Ter, mi, fa…)6Ibid., p. 20. Cf. également p. 26 pour les tons psalmodiques, p. 28 pour les médiations et p. 32 pour les finales. et l’emploi d’articulations et de sentences latines7Nota hanc regulam sumi p[ro]prie pro canto continuo.” ; ibid., p. 24.. Enfin, la “Douzieme Regle” aborde la question du choix des dominantes pour le chœur en fonction des tons usuels de l’orgue, ce qui est également compatible avec la pratique des couvents génovéfains.

La seconde partie du manuscrit est dévolue à une Autre conduitte tres facile et tres methodique pour apprendre le plain-chant en peu de temps. Copiée par la même main que la méthode précédente, sa présentation est cependant très différente. Délaissant le style prolixe de la première partie du manuscrit, l’auteur opte ici pour la formule des questions-réponses et, au plan théorique, pour le principe de la gamme simple à sept syllabes (figure 4).

StG-7syl

Fig. 4 – Autre conduitte tres facile et tres methodique… (p. 2)

Après avoir traité les difficulté liées à l’introduction du bémol et les principaux aspects de la psalmodie (tons, differentiae, accentuation) et avant d’expliciter les tons de lecture (épîtres, évangile, leçons et prophéties), l’auteur glisse trois détails relatifs au chant des proses et à l’intonation des pièces en plain-chant égal :

1. Il faut remarquer de plus qu’il y a un chant entrecoupé de nottes breves et de longues comme Veni Sancte Spiritus, &c. lequel ne se chante pas en nottes égales, mais demandant qu’on pese beaucoup sur lesd. longues, et mediocrement sur les breves, et que l’on fasse pour l’ordinaire des nottes liez breves. 2. que dans le chant où les nottes sont égales, sa lenteur et sa precipitation dependent entierement de la maniere dont on commence la premierre notte d’aprez l’intonation : car si elle est lente, le chant est lent ; si elle est precipitée, il l’est aussy. 3. qu’il y a un chant dont toutes les nottes doivent être breves, comme Victimae, Lauda Sion, comme aussi Dies irae, excepté que l’on pese un peu plus sur les penultiemes de chaque verset et dans les endroits que la force de la penultième [mots manquants], ce qui est principalement à observer au chant de Dies irae8Autre conduitte tres facile et tres methodique, p. 14-15..

Ce passage illustre bien le caractère composite de la deuxième méthode de ce recueil, celle-ci n’obéissant pas à un système d’enseignement nouveau pas plus qu’à l’impératif de concision des méthodes les plus abrégées. À défaut d’une inspiration nettement revendiquée, c’est au Saint-Esprit que l’auteur a pensé au moment de clore le recueil (figure 5).

StG-VeniCreatorFig. 5 – Autre Conduitte… (p. 23)

(X. Bisaro, mai 2016)

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Sources et bibliographie

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    1. Cette date est mentionnée dans l’ex-libris inscrit sur la page de titre de la première méthode.
    2. Une main apparemment ultérieure (peut-être celle d’un bibliothécaire de Saint-Geneviève au XVIIIe siècle ?) a cependant folioté de manière continu l’ensemble du volume.
    3. La Methode très facile & très méthodique est conclue par la mention “Fin du premier livre”, ce qui indique que le reste du recueil en constitue bien la suite.
    4. D’autres indices convergent dans ce sens, comme l’inachèvement de l’intertitre au f° 32r.
    5. Methode très facile & très méthodique, p. 16.
    6. Ibid., p. 20. Cf. également p. 26 pour les tons psalmodiques, p. 28 pour les médiations et p. 32 pour les finales.
    7. Nota hanc regulam sumi p[ro]prie pro canto continuo.” ; ibid., p. 24.
    8. Autre conduitte tres facile et tres methodique, p. 14-15.
  • Pour citer cette page :
    Xavier Bisaro, Cantus Scholarum, <https://www.cantus-scholarum.univ-tours.fr/ressources/sources/methodes-faciles-de-plain-chant/ste-genevieve/>, consulté le 18 novembre 2017.