Jacques Cossard
Methodes pour apprendre a lire, a escripre, chanter le plain-chant, et compter
Paris, Chez l’auteur, 1633

Pour citer cette page :
Xavier Bisaro, “Methodes pour apprendre a lire, a escripre, chanter le plain-chant, et compter (1633)”, Cantus Scholarum, <https://www.cantus-scholarum.univ-tours.fr/ressources/sources/methodes-faciles-de-plain-chant/cossard/> [publié le 18 mai 2016], consulté le 23 juillet 2018.

Lire, écrire, chanter, compter… Dès l’intitulé de son ouvrage, Jacques Cossard énumère les quatre enseignements couramment dispensés dans les petites écoles dont ce volume offre une très rare représentation d’intérieur (exemple 1).

Cossard organise ces enseignements selon une hiérarchie révélatrice de la place occupée par le chant dans les usages scolaires : la “troisième méthode” qui lui est consacrée se situe après les deux premières dédiées à la lecture du latin puis à celle du français (cette langue se prêtant ad libitum à l’apprentissage de l’écriture), et avant celles servant à l’arithmétique et à l’initiation aux alphabets anciens. Le plain-chant se trouve ainsi étroitement associé à la phase de première alphabétisation des écoliers selon les usages pédagogiques ancestraux des “écoles de grammaire” ou “petites écoles”.

La partie consacrée explicitement au chant (p. 315-328) se décompose selon les étapes suivantes :

– initiation à la solmisation (chanter l’hexacorde à partir de ut, fa et sol) ;
– chant d’intervalles décomposés selon la technique du b a BA (ut re mi → ut mi) dans les limites de l’hexacorde ;
– apprentissage de la Gamme (avec introduction des cordes GabCdeF) ;
– application de la solmisation à la lecture de pièces de plain-chant (sans muances) ;
– exercice de lecture des hauteurs et des valeurs de durée (exemple 2) ;
– solmisation avec muances ;
– exposé des huit tons de l’Église (avec differentiae – p. 324-327) ;
– explication des signes de la notation musicale (dont les valeurs rythmiques).

Le soin apporté à la prosodie des versets psalmodiques est un témoignage précoce de la réforme de la latinité chantante au début du XVIIe siècle, de même qu’il dénote la culture lettrée de Cossard (exemple 3).

En dépit de l’impression maladroite des fragments notés dans cette méthode, Cossard signale la régulation du débit aux points d’articulation des versets (Dixit Dominus → allongement pour la médiation à meo ; Benedictus → retenue sur la fin du verse à plebis suae). Hors de ces situations particulières, l’accent tonique du latin mis en valeur par un allongement (avec pour corollaire le raccourcissement de la syllabe suivante par l’emploi d’une note losangée) ou bien supprimé pour conduire la phrase sur des syntagmes de plusieurs mots (Benedictusquia visitavit).

Cette attention portée à l’oralisation “vivante” et correcte du latin est également de mise dans la méthode de lecture, une fois la lecture des syllabes assimilées. Sa quatrième partie s’ouvre sur les conseils suivants :

L’Enfant scachant bien prononcer toutes les syllabes à part, on luy enseignera à prononcer plusieurs syllabes en un mot, en telle sorte qu’il prononce toutes les syllabes de chacun mot tout d’une tirade, & d’une mes haleine sans se reposer, promptement & à la seul veuë.
Les accens qui sont sur les grosses lettres, monstrent qu’il faut prolonger les syllabes, sur lesquelles sont les
accens1Jacques Cossard, Methodes pour apprendre a lire, a escripre, chanter le plain-chant, et compter, Paris, Chez l’auteur, 1633, p. 81..

Cet aspect de l’apprentissage de la lecture à voix haute précède l’application, en chantant, des principes de la prosodie accentorielle attendue notamment dans la psalmodie.

Il faut par ailleurs retenir chez Cossard son plaidoyer en faveur d’un privilège à accorder à la décomposition syllabique plutôt qu’alphabétique dans l’initiation à la lecture. Ainsi,

La vraye methode pour promptement apprendre les enfans à lire, est de leur faire prononcer à la veuë chacune syllabe sans nommer les lettres en telle sorte que l’enfant prononce toutes les syllabes et chacun mot briefvement d’une mesme haleine. Sainc Hierosme dit IUNGAT SYLLABAS, c’est à dire, que l’enfant joigne les syllabes2Cossard, op. cit., p. 82..

(X. Bisaro, novembre 2014)

Ex. 1 – Jacques Cossard, Methodes… (p. 4)
Ex. 2 - Jacques Cossard, Methodes... (p. 320)
Ex. 3 - Jacques Cossard, Methodes... (p. 327)

Notes   [ + ]

1. Jacques Cossard, Methodes pour apprendre a lire, a escripre, chanter le plain-chant, et compter, Paris, Chez l’auteur, 1633, p. 81.
2. Cossard, op. cit., p. 82.
Alphabet pour les enfans, premiere partie p. 12-196
Seconde methode pour apprendre à lire en langue françoise p. 197-314
Troisieme methode pour apprendre à bien chanter (premiere partie enseignant à chanter le plain chant – seconde partie enseignant à chanter la musique) p. 315-328
Quatriesme methode pour apprendre à compter p. 329-340
Alphabet grec p. 1-14
Alphabet des lettres hebraïques p. 15-16

 

Jacques Cossard, Methodes pour apprendre a lire, a escripre, chanter le plain-chant, et compter, Paris, Chez l’auteur, 1633.

Jacques Cossard, Methode pour escrire aussi vite que l’on parle, Paris, Chez l’auteur, 1651.

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